Mardi 4 septembre 2012
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La semaine dernière est sortie le deuxième tome des Aventuriers Malgré
eux. On retrouve les enfants Nombril qui préféreraient passer leur été devant la télévision mais
qui malheureusement ont des parents explorateurs. A cette occasion, je vous propose d'en savoir plus sur le métier de traducteur en rencontrant Valérie Le Plouhinec qui a traduit les deux
tomes.
Bonjour, pourriez-vous nous en dire quelques mots
sur vous ?
Je vis à Paris et je travaille dans l'édition depuis une
vingtaine d'années, mais il y a cinq ans, très attirée par la traduction (et lasse de la vie de bureau), j'ai démissionné de la maison où j'étais éditrice pour devenir traductrice à mon compte.
Je traduis principalement des romans jeunesse ou ados pour plusieurs maisons que j'aime beaucoup : les Grandes Personnes bien sûr, mais aussi Albin Michel (Wiz) et Hélium.
Comment approche-t-on un texte comme les
Aventuriers malgré euxdans le but de le traduire ?
Comme tout roman, en cherchant avant tout à restituer le
ton juste ; et, lorsqu'il s'agit d'un roman humoristique, en cherchant à être aussi drôle que l'original, ce qui nécessite un certain nombre de transpositions. C'est parfois difficile car les
auteurs américains n'expriment pas toujours les choses comme nous. Il ne s'agit pas seulement de remplacer un jeu de mots par un autre : ce qui me frappe souvent – pas seulement dans cette série
de romans – est que beaucoup de choses sont sous-entendues en anglais : il suffit au lecteur d'imaginer le ton sur lequel parle un personnage, ou de visualiser l'expression de son visage, pour
comprendre l'ironie ou la drôlerie de la réplique. Le français ne fonctionne pas ainsi, il faut souvent dire les choses autrement, tout en restant léger, car bien sûr, on ne peut pas expliquer
l'humour, tout tombe alors par terre. C'est donc un travail d'équilibriste ! La relecture de l'éditrice est importante aussi : quand on écrit ou traduit de l'humour, on finit par ne plus savoir
si c'est drôle ou pas. Il faut donc que quelqu'un d'autre vous relise avec un œil tout frais et là c'est sans appel : soit la personne rigole, soit il faut changer quelque
chose…
Dans le cas de cette série, les autres éléments très
importants du comique étaient le tempo, les répétitions volontaires, ou encore les "running gags" que l'on retrouve d'un chapitre à l'autre… il faut donc être très attentif à tout cela en
traduisant, et faire sans cesse des arbitrages. Par exemple, les répétitions sont souvent proscrites en français, mais ici il fallait en laisser, quand il s'agissait d'un comique de répétition
tout à fait volontaire.
Souvent, je me relis à voix haute, pour m'assurer de la
fluidité et du rythme.
La famille Nombril a un nom français ?
Soucis de traduction ou nom original ? Comment décider de traduire ou non un nom propre ?
C'est à chaque fois une question délicate, et je procède
au cas par cas. Dans Aventuriers malgré eux, les jumeaux s'appellent Navel en anglais, ce qui signifie "nombril". Je trouvais dommage de ne pas garder cela, surtout que "nombril" est un
mot tout mignon en français… et que nos héros sont assez nombrilistes : ils n'ont aucune curiosité pour le monde extérieur.
Dans les romans de David Walliams que je traduis chez
Albin Michel, je traduis aussi tous les noms car ils sont signifiants et font partie des ressorts comiques (Joe Spud devient ainsi Joe Patate, Mr Stink devient naturellement M. Kipu). Mais dans
des romans plus sérieux, cela n'a évidemment aucun sens de traduire les noms (j'allais citer l'exemple de l'Enfant du jeudi, mais de toute manière la famille s'appelait "Flute", la
question ne se pose donc même pas ! Quant à la série Madame Pamplemousse, chez Albin Michel… les noms sont déjà en français dans la version anglaise !).
Les enfants Nombril sont de très grands amateurs
de séries télévisées. Et les titres des séries font très vrais, comme Méga chef Survivor Extrême 3. Comment les avez-vous trouvés ?
Simplement en transposant : les émissions citées dans la
VO sont des clins d'œil à des émissions de téléréalité existantes ; heureusement (si on peut dire), nous avons à peu près les mêmes dans tous les pays, ce qui m'a facilité la tâche. Ainsi, pour
l'émission Méga chef Survivor extrême, l'auteur a visiblement imaginé un croisement entre Koh Lanta et Master Chef… nous avons tâché, l'éditrice et moi, de faire passer cette idée, tout en nous
accordant beaucoup de liberté dans le choix des titres : l'important ici était de faire rire, et pas forcément de coller à tout prix à la VO !
Vous vous êtes replongée dans la série pour le
second tome. Est-ce difficile ou agréable de retrouver une ambiance plusieurs mois après ? Relisez-vous le premier tome pour vous plonger dedans ?
"Se plonger" est le terme juste : c'est une sorte de
phénomène d'immersion. À force de fréquenter un texte, on le "sent", on retrouve le ton. La mise en route, pour le second tome, a été bien plus facile que pour le premier, car j'avais justement
déjà fait ce travail de recherche. Une fois qu'on y est replongé, c'est comme la bicyclette, ça revient tout seul. D'autant plus que j'ai quasiment enchaîné les deux traductions. Et voilà que je
vais bientôt me plonger dans le 3 !
Merci beaucoup de votre patience et bon courage
pour le troisième tome.